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5 raisons pour lesquelles vous devriez vous jeter sur les billets de Svadba d’Ana Sokolovic

11/09/2017

 

1-Pour aller à la rencontre d’une artiste  de chez-nous

 

Ana Sokolovic est une compositrice d’origine serbe établie à Montréal depuis maintenant 25 ans. Elle s’illustre tant à l’échelle nationale qu’internationale et est récompensée de nombreux prix de grand prestige dont le Prix Joseph S. Stauffer du Conseil des Arts du Canada, le Prix Opus du compositeur de l’année du Conseil québécois de la musique, et le Prix Jan V. Matejcek  du Gala annuel de la SOCAN (en 2008 et en 2012) pour ne nommer que les plus récents. En 2012,  la Société de musique contemporaine du Québec lui consacre la série Hommage, célébrant l’ensemble de son œuvre, permettant à plus de 53000 spectateurs de découvrir ou d’explorer d’avantage sa musique. 53000, c’est un nombre qui parle beaucoup, soutient Jonathan Goldman dans la revue Circuit (Volume 22, numéro 3) qui a souligné sa nomination à la série Hommage en consacrant un numéro à la compositrice: «À l’heure actuelle où la musique classique (pour ne pas parler de la musique contemporaine…) jouit de moins en moins de présence dans l’espace public — et notamment à la radio d’État —, ces chiffres ont de quoi surprendre.»[1]. C’est chiffres ont aussi de quoi rassurer, ils nous disent que le public répond à l’appel, qu’il s’est reconnu dans la musique aux accents baltiques d’Ana Sokolovic.

En plus de sa prolifique carrière de compositrice, Sokolovic contribue à façonner l’avenir de la musique classique en enseignant la composition à l’Université de Montréal. Elle se trouve donc au cœur de la scène musicale contemporaine de la métropole. Aller à la rencontre de son œuvre, c’est aussi aller à la rencontre de notre propre vitalité culturelle.

 

2- Pour aller à la rencontre d’une artiste du monde

 

C’est la grande diversité ethnique et la tolérance qu’elle retrouve en sol québécois qui incite la compositrice à s’y attacher. «La Yougoslavie était un pays multiculturel — on répète souvent cette déclaration de Tito : « La Yougoslavie a six républiques, cinq nations, trois religions, deux alphabets et un seul parti. »»[2] affirme la compositrice en entrevue avec Anne Marie Messier pour illustrer le multiculturalisme dans lequel elle a grandi. Sa ville natale, Belgrade, garde les traces de l’occupation ottomane et demeure une ville à la fois teintée d’orient et d’occident. Elle grandit donc au sein d’une communauté qui nourrit sa curiosité culturelle, et la conduira à rechercher une forme d’universalité dans sa musique. C’est d’ailleurs ce qu’elle cherche à faire avec sa musique vocale, et tout particulièrement Svadba, en affranchissant presque les mots de leur signification. Elle ramène l’expression vocale à des élans émotifs, compréhensibles au-delà du langage. C’est pourquoi elle choisit de faire porter son dernier opéra  sur le shower précédant le mariage. Une tradition que l’on retrouve, dit-elle, dans presque toutes les cultures :

Sokolovic a elle-même façonné le livret en regroupant des poésies traditionnelles serbes et des jeux de mots et de sonorités. Il se constitue de 7 tableaux riches en symboliques qui ne créent pas une trame narrative continue, mais offrent plutôt de brefs regards sur l’immense complexité et la richesse des relations interpersonnelles.

 

Odbi se loza od grozda

Odbi se moma od roda svoga,

Odbi se moma od oca

Odbi se moma od majke, brata,

Odbi se moma od sestre

Odbi se loza od grozda

 

Le raisin de la vigne se détache

La jeune fille des siens,

La jeune fille de son père

La jeune fille de sa mère et de son frère,

La jeune fille de sa sœur

Le raisin de la vigne se détache [3]

 

3- Pour le plaisir !

 

« J’aime quand on explose de joie ! »[4] Est le titre qu’a donné Isabelle Panneton à son entretien avec Sokolovic publié dans la revue Circuit portant sur son processus artistique et ses méthodes de compositions. En effet, la compositrice affirme qu’elle  s’intéresse aux grands élans qui constituent l’être humain, et entre autre, ces grandes joies envoutantes, explosives, que l’on retrouve dans la partition de Svadba. Le mouvement se trouve à la clé de ses compositions, dit-elle. La danse a d’ailleurs une place cruciale dans son développement artistique. C’est durant ses cours de ballet, à l’âge de 4 ans, qu’elle fait ses premières compositions sur le piano du studio de danse, n’ayant pas d’instruments de musique à la maison. Son travail est grandement influencé par le kolo serbe, une danse circulaire à caractère obsessionnel, aux motifs simples et répétitifs. De la même manière, la compositrice se plaît à faire usage d’ostinato, et de motifs qu’elle répète et manipule «J’aime manipuler les objets, les motifs. Mais un motif peut être une seule note, ce n’est pas nécessairement un motif thématique qui est développé. Ce qui m’intéresse c’est le jeu, l’aspect ludique. Je tourne un motif et je le regarde de tous les côtés.»[5] Ce caractère joueur fait de l’œuvre de Sokolovic une expérience rafraichissante, énergisante voire transcendante. Les chanteuses sont appelées à murmurer, chanter des micro-ornements, des glissandos, et des harmonies très serrées, souvent en seconde majeures et mineures.

 

4- Pour qu’Ana Sokolovic continue d’écrire des opéras

 

Sokolovic ne s’intéresse que tardivement à l’opéra. C’est étonnant vu sa passion datant de l’enfance pour le théâtre. Malgré quelques magnifiques pièces vocales à son répertoire, elle ne compose son premier opéra, The Midnight Court, qu’en 2005. Il s’agit d’un opéra de chambre pour 10 voix et 6 instruments ou s’illustre déjà l’incomparable joie de vivre de la compositrice. L’opéra jouit d’un succès sans précédent sur la scène contemporaine canadienne, et est joué  internationalement, soit au Linbury Theatre, au Royal Opera House et à Covent Garden à Londres. La compositrice écrit ensuite Love Song, un opéra pour voix de femme seule qui jouira à son tour d’un grand succès international. Svadba est son troisième opéra. Composé en 2010, l’opéra se démarque également et tourne au Canada et en Europe jusqu’en 2015. Il se vaudra six nominations lors des prix Dora Mavor Moore et remporte la catégorie Outstanding New Musical/Opera. Les trois œuvres sont commandées et crées par Queen of Puddings Music Theatre, une compagnie Canadienne, basée à Toronto, spécialisée en théâtre musical et opéra de chambre contemporains. Évidemment, la compositrice, forte de ses succès précédents, a sans doute encore bien des projets pour la scène opératique. Sa prochaine commande, en collaboration avec la Canadian Opera Company est d’ailleurs déjà annoncée pour 2020. Cependant, Svadba sera l’an prochain en création montréalaise, dans la ville d’adoption de la compositrice, et je pense qu’il est de notre responsabilité de l’accueillir en grande ambassadrice qu’elle est, et de la remercier pour sa contribution à la vitalité de l’art lyrique canadien. 

 

5- Pour vivre l’expérience d’un opéra de chambre

 

Bien que programmé par l’Opéra de Montréal, Svadba ne sera pas présenté à la salle Wilfrid-Pelletier, mais plutôt à l’Espace Go.  L’espace intime, et l’instrumentation réduite propices aux opéras de chambres permettent aux compositeurs de réinventer les dynamiques musicales et dramatiques et offrent une expérience absolument unique. L’opéra est ramené à mesure d’homme, et l’on s’y sent directement interpelé.

Rappelant parfois les dernières mélodies de Shostakovich avec une touche de Claude Vivier[6], et sans oublier l’influence de son professeur à la maitrise en composition, José Evangelista, Sokolovic saura vous couper le souffle avec sa musique à la fois innovatrice, et bien enracinée dans son bagage traditionnel

.

These days, it’s hard to find an opera composer whose theatrical instincts are daring and sure-footed at the same time. So let’s be thankful that Ana Sokolovic chose Canada as her home. [...] Sokolovic’s own triple-threat background in music, dance and theatre permeates Svadba from beginning to end. Both the music and the text (mostly bits of Serbian poetry) are by her, and it’s pretty clear that the elements of staging and movement were the products of her fecund imagination, as well. [...] The work’s timeless quality is reinforced by Sokolovic’s score. Quirky rhythmic nonsense syllables, vaguely suggestive of pop music beats, blend deftly with ancient-sounding Balkan melodies sung in close harmony. In the hands of a lesser composer, such a mixing of styles might have descended to mere pastiche, but Sokolovic is not a lesser composer.

 

– Colin Eatock, The Globe and Mail (Toronto), June 26, 2011, à propos de Svadba

 

Bonus- j’aurai l’immense plaisir de faire partie de la distribution ;)

 

 

 

 

 

[1] Goldman, Jonathan . "Introduction : la voix d’Ana Sokolović." Circuit 22, no. 3 (2012): 5–7.

 

[2] Messier, Anne. "Cartographie de l’apprentie." Circuit 22, no. 3 (2012): 9–17.

 

[3]“Svadba,” Ici Musique, consulté 15 mars, 2017, http://static.icimusique.ca/documents/opera/Svabda-Livret.pdf

 

[4] Panneton, Isabelle. "« J’aime quand on explose de joie ! » : entretien avec Ana Sokolović." Circuit 22, no. 3 (2012): 37–45.

 

[5] Panneton, Isabelle. "« J’aime quand on explose de joie ! » : entretien avec Ana Sokolović." Circuit 22, no. 3 (2012): 37–45.

 

[6] Bernstein, Tamara. "The Vocal Music of Ana Sokolović: Love Songs for the Twenty-First Century." Circuit 22, no. 3 (2012): 19–35.

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