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  • Rose Naggar-Tremblay

La chute

Mis à jour : avr. 11


Je ne sais pas comment décrire les premiers jours à l’Atelier.

C’est une énergie fulgurante, une impression d’invincibilité, une infinité de possibles. À chaque inspiration, une nouvelle idée.


Alors on inspire, on gobe, on se gonfle de tout ce qu’on peut. On saute sur toutes les occasions, on s'organise des rencontres à chaque pause, on passe chaque seconde de libre à observer les plus grands à l’œuvre.


Après la première répétition musicale de Tosca, je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit tant j’étais enivré, époustouflée, électrisée. J’inspire, je me charge, j’inspire, j’apprends, j’inspire, je me gonfle, j’inspire, je me sature d’une énergie impossible à contenir, j’inspire, je vole. Et tout à coup? Badaboum! Chute à vélo. Le sol me rappelle brutalement à l’ordre. Je m’étale de tout mon long en large sur l’asphalte et la garnotte. Commotion cérébrale, malgré le casque. (Je remercie le ciel d’avoir eu assez d’esprit pour le porter), œil au beurre noir, lèvre enflée, main et coude déchiquetés. Orgueil heurté. Mon corps reprend le contrôle. Me rappelle qu’il est nécessaire à cette grande aventure. Me rappelle qu’il faut dormir, manger et maintenant… guérir. Je lui en veux un peu de m’imposer son rythme. Je résiste d’abord, et puis je lui cède. J’expire. Je songe à l’aspect circulaire de la vie. De ce qui monde et redescend. De ce que l’on prend et ce que l’on rend. J’oublie souvent mes blessures, et me heurte à nouveau à tout ce qui m’entoure. La douleur physique épuise mon esprit. Mon moral décent un peu. Je ne suis pas invincible. La leçon est douloureuse, mais je l’accueille. Elle est le premier pas vers l’artiste que je veux devenir.


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